Mardi 26 juillet 2005
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L’art roman
Les multiples invasions qui ont ravagé la Corse au cours des siècles ont façonné le paysage de l’île. Leurs traces se lisent dans sa culture, ses traditions, mais aussi son patrimoine. De l’héritage de l’ère pisane, la Corse a reçu et conservé les plus beaux vestiges de l’art roman. Un legs architectural parmi les plus importants d’Europe, qui compte a lui seul des centaines de chapelles et d’édifices religieux.
Structure sociale et religieuse
Après des siècles de guerres et de pillages, la domination de Pise au XIème siècle va correspondre pour la Corse à une période de réorganisation sociale. Reprenant l’œuvre de christianisation des temps paléochrétiens, les Pisans vont reconstituer les paroisses rurales ou pievi. Des centaines d’églises romanes sont alors édifiées. A la fois lieu religieux et profane, l’église représente, pour ces vallées, un véritable centre de vie politique, adapté à la spécificité géographique, historique et démographique des lieux.
Des formes simples et austères
Souvent construite à la place d’anciens édifices religieux, l’église en conserve les principes architecturaux. L’architecture pisane corse affiche une sobriété et une simplicité de lignes propres à l’architecture rurale dans laquelle elle s’inscrit. L’édifice utilise les pierres du pays, schiste, granit, calcaire, régulièrement taillées ; les décors sculptés ou gravés sont rares. Massives, de forme compacte avec peu d’ouvertures, les églises de village ou basiliques ont toujours des proportions modestes. L’une des plus grandes, la cathédrale Santa Maria Assunta, dite la Canonica de Mariana, n’a que 35 m de longueur. La simplicité de la forme se retrouve aussi dans le plan des constructions. La majorité d’entre elles comportent une nef unique couverte d’une charpente. Les voûtes de pierre ne sont utilisées que pour l’abside, voûtée en cul-de-four, souvent orientée à l’est. Certaines cathédrales présentent des formes architecturales différentes : celles de Mariana et de Saint Florent ont, par exemple, une nef bordée de bas-côtés.
La décoration
Les premiers édifices pisans du début du XIe siècle, présentent peu d’ornements architecturaux. Souvent il s’agit d’un décor simple, de petites arcatures au sommet de l’édifice, à la base du toit. La richesse des roches présentes en Corse (schiste, granit gris, blanc ou rose, calcaire) a largement inspiré les architectes pisans. Les blocs étaient découpés de manière précise et inégale pour servir non seulement de matériau de construction, mais aussi d’élément architectural. Dès la moitié du XIe siècle, la nature de la pierre participe à la décoration de l’édifice : elle est alors utilisée comme une sorte de mosaïques, jouant de sa couleur pour créer un effet de polychromie. L’église San Michele de Murato en est le meilleur exemple.
Le témoignage de l’époque médiévale
On estime à plus de 300 les églises et édifices religieux construits en Corse au cours de l’époque pisane, la majorité étant concentrée dans l’En-Deçà-des-Monts. Beaucoup de ces constructions n’ont pas résisté aux siècles. Il n’est pas rare, au détour d’un chemin, au sommet d’un col ou en plein maquis, de retrouver l’une de ces ruines, envahie de végétation. L’histoire de la Corse, de ses guerres et de ses invasions successives les a longtemps laissées dans l’oubli. L’influence de Prosper Mérimée, au XIXe siècle, a permis la redécouverte de ce patrimoine, seul témoignage de l’époque médiévale. L’architecture de ces édifices religieux et leur implantation donnent des indications sur la vie quotidienne et l’organisation sociale et religieuse de cette époque, dont il n’existe que peu de traces écrites.
(Source : Guides Bleus)
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