Pasquale Paoli : l’Etat corse indépendant
Paoli est, pour les Corses, le symbole de l’indépendance, cette période d’une dizaine d’années (1755-1768) qui mit un terme à cinq siècles de domination génoise.
Naissance d’une nation
Le programme de colonisation agraire, mis en place pas la Banque de Saint-Georges, puis poursuivi et amplifié par les Génois, est le point de départ de l’hostilité des Corses, spoliés de leurs terres de pacage d’hiver au bénéfice de riches familles. Cette situation ouvre la voix aux révoltes du XVIIIe s. que la république de Gênes ne parvient pas à résoudre. Le règne éphémère de Théodore de Neuhoff, baron allemand autoproclamé roi de Corse en 1736, s’inscrit dans ce contexte. Il doit quitter l’île quelques mois plus tard. Devant les risques d’internationalisation du conflit, la France propose son arbitrage à la république de Gênes. Malgré plusieurs expéditions dans l’île, la révolte se poursuit. C’est dans ce contexte que les Corses décident, en 1755, de faire appel à Pasquale Poali, qui sert alors dans l’armée de Charles III, roi des Deux-Siciles.
Proclamation de l’Etat Corse
Né à Morosaglia en 1725, dans un pays sous domination génoise, Pasquale Paoli a grandi à l’ombre de son père, chef des insurgés. A 14 ans, il l’accompagne dans son exil napolitain. Inspiré par Montesquieu, Machiavel et Plutarque, il suit avec attention les évènements qui secouent l’île. En 1755, il répond à l’appel de notables insulaires et rentre en Corse pour y être proclamé général en chef de la nation. Il devra pourtant lutter pendant près de deux ans pour s’imposer sur l’ensemble de l’île, à l’exception des citadelles génoises.
Institutions et vie politique
Il s’agit de « libérer la Corse de l’occupant génois et de proclamer l’indépendance de l’île ». La constitution nationale corse est proclamée dès novembre 1755. Inspirée par la philosophie politique des Lumières, elle affirme la souveraineté du peuple dont les représentants se réunissent en consulte. Le gouvernement de la nation, qui a son siège à Corte depuis 1758, vote les lois et fixe le taux des impôts. Le général, chef de l’exécutif, préside le Conseil, composé de neuf membres, un par province (Corte, Balagne, Nebbio, Casinca, Campoloro, Orezza, Ornano, Cinarca, Vico), et divisé en trois « ministères » : guerre, justice et finances. Pour lutter contre le blocus maritime génois, Paoli réunit les premiers éléments d’une marine de guerre et d’une flotte de commerce. Le pouvoir judiciaire est organisé selon une hiérarchie rigoureuse, depuis les communautés rurales jusqu’à la Rota civile, tribunal d’appel qui siège à Corte et au Conseil d’Etat lui-même.
L’économie et l’enseignement
A côté de l’enseignement primaire confié au clergé, principalement aux franciscains, Paoli fonde à Corte une université, inaugurée en janvier 1755 et qui enseigne la théologie, le droit civil et canon, la morale, la philosophie, la rhétorique et plus tard les sciences. Malgré sa Constitution et sa structure, l’Etat corse de Paoli trouve difficilement sa place. Le coup décisif vient de la cour de France, dont la diplomatie, conduite par le duc de Choiseul au nom de Louis XV, obtient de la république de Gênes une délégation de souveraineté sur l’île (traité de Versailles, 15 mai 1768). La conquête militaire française suit cet accord et les régiments français viennent à bout des milices patriotiques lors de la bataille de Ponte Nuovo, le 8 mai 1769. Paoli s’exile en Angleterre.
La Corse et la Révolution
Paoli revient en Corse en juillet 1790, à la faveur de la Révolution française. Nommé président du conseil départemental et commandant en chef des gardes nationales, il est de nouveau confronté aux rivalités claniques. Des troubles éclatent un peu partout sur l’île, en juin 1791 à Bastia, puis en avril 1792 à Ajaccio. Pour tenter d’affaiblir le courant séparatiste, l’île est divisée en deux départements. Paoli est nommé généralissime et prend la tête de la rébellion séparatiste. Il est mis hors la loi par Paris en juillet 1793. Désormais, la rupture avec la Convention est consommée. En 1794, un royaume anglo-corse est constitué, dont sir Gilbert Elliot est le vice-roi. Paoli est rapidement écarté du pouvoir au bénéfice de Charles André Pozzo di Borgo. Contrairement à la consulte qui avait été votée en juin 1794 à Corte, la Corse n’est pas indépendante et Paoli, rappelé à Londres, connaît un nouvel exil. Il meurt en 1807.
Doté d’une formation intellectuelle à la fois classique et universaliste, Pasquale Paoli prônait une version tempérée du despotisme éclairé.
Le Duc de Choiseul obtint de la république de Gênes la souveraineté de l’île.
De nombreuses écoles primaires portent le nom de Paoli, en hommage à son souci de l’éducation des Corses.
Gaffori, le patriote : allié à la puissante famille Matra, Gian Pietro Gaffori, médecin de formation, est l’un des personnages importants dans le mouvement d’opposition insulaire au pouvoir génois. Il soutient le bref royaume de Théodore de Neuhoff puis s’oppose à l’intervention française de 1739. Après l’exil des chefs insurgés, il s’impose comme principal dirigeant après la consulte d’Orezza de 1745. Aux yeux des Génois, il est sans conteste le personnage clef de la Révolution corse, obstacle à la souveraineté de la Sérénissime, qui le fera abattre le 2 octobre 1753
La garnison de Nonza : par le traité de Versailles (15 mai 1768), Gênes cède à la France ses droits sur la Corse. Furieux de n’avoir pas été consultés, les Corses se mobilisent. Marbeuf est envoyé sur l’île avec 1 200 hommes pour occuper les places fortes. Devant Nonza, il somme la place de se rendre. Un paoliste, Jacques Casella, déclare que la garnison ne se rendra qu’avec les honneurs des armes. La proposition est acceptée ; Jacques Casella sort de la tour ; il est seul ! Stupéfait et plein d’admiration, le commandant français le fera reconduire avec beaucoup d’égards au quartier général de Paoli.
(source : Les Guides Bleus)
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