Dimanche 17 juillet 2005
7
17
/07
/Juil
/2005
00:00
L'époque Génoise
Après l'hégémonie de Pise, qui dure du XIe au XIIIe siècles, c'est la pression militaire et économique de Gênes qui s'affirme. Au début du Moyen Age, un réseau de grands seigneurs féodaux venus de Gênes se met peu à peu en place, d'abord au cap Corse, où s'implantent aux environs de 1100 les seigneurs Avogari autour de leurs Castelli de Brandon et de Nonza ; puis à la pointe de la presqu'île, où les De Mari organisent leur seigneurie autour de Motti (Luti) et de San Colombano (Rogliano).
L'emprise de Gênes
A l'autre extrémité de l'île, les Génois fondent en 1195 la ville de Bonifacio, un bel exemple de ville coloniale du Moyen Age. Le choix de ce site stratégique tend à affirmer leurs prétentions face à la domination de Pise sur le détroit corso-sade. Bonifacio va devenir au fil des ans une vaste colonie de peuplement. Elle atteint son apogée au XIIIe s. avec près de 3 000 habitants. De ces implantations naît une nouvelle économie : celle du négoce. Les Génois sont pour la plupart des commerçants, qui exportent les denrées agricoles et pastorales : grains, cire, peaux, viandes, fromages ... et redistribuent en retour dans les pievi les articles qu'ils rapportent de Gênes : draps, toiles, armes ... La monnaie circule et le jeu du crédit apparaît. Gênes affirme peu à peu son emprise sur l'ensemble de la Corse. Pourtant, dans cette conquête, les Génois vont rencontrer une résistance farouche menée notamment par Giudice di Cinarca : un seigneur de l'Au-Delà-des-Monts qui s'est engagé dans une tentative de réunification de l'île.
L'anarchie féodale et les Giovannali
Au XIVe s., Gênes est occupée par ses conflits avec Venise et son expansion en mer Noire. L'Aragon revendique la Corse et tente d'y prendre pied. L'île est abandonnée à l'anarchie féodale de seigneurs affranchis de toute tutelle. Les impositions s'alourdissent sur un monde paysan soumis à une oppression politique de plus en plus vive. La peste noire qui ravage l'île en 1348 finit de précipiter le peuple dans la misère. C'est dans ce climat de dénuement et de pauvreté que prend naissance la secte des Giovannali. Un mouvement religieux, né dans la pieve de Carbini, à l'est du Sartenais, qui prône, face à l'oppression féodale et ecclésiastique, et comme le mouvement des Fraticelli apparu à la même époque sur la péninsule italienne, des vertus de pauvreté et de solidarité. Cette secte est excommuniée et déclarée hérétique en 1355.
La terre de la Commune
Alors que se déroule en France la Grande Jacquerie, la Corse connaît les mêmes révoltes contre les prétentions de seigneurs locaux de plus en plus influents. Des mouvements naissent et se propagent dans toute l'île à partir de l'En-Deçà-des-Monts. Les paysans, menés par Sambucciu d'Alandu et appuyés par Gênes, assiègent les châteaux et les démantèlent. Ainsi va naître une nouvelle organisation, celle de communautés rurales autonomes échappant à l'emprise féodale : la Terre de la Commune ou Terra di u Cumunu. Les populations, libérées du joug de la féodalité, tombent alors sous l'égide de Gênes. La République assure la protection des populations en échange d'un impôt. En quelques années, le mouvement va balayer la féodalité insulaire, sauf dans le cap Corse génois. Devant cette pression populaire, un grand nombre de seigneurs devront s'exiler avant de pouvoir regagner leurs domaines quelques années plus tard.
L'hégémonie aragonaise
Dès 1372, face à l'impuissance du parti pro-génois, Arrigo della Rocca impose son autorité et recrée à son profit, vers 1380, le titre de comte de Corse. En 1407, son neveu et successeur, Vincentello d'Istria, a autorité sur la Corse face aux Génois jusqu'en 1434 ; il devient aussi vice-roi de Corse, au nom du roi d'Aragon. La Corse se trouve ainsi intégrée dans la stratégie méditerranéenne de la couronne d'Aragon.Dès lors, le pays se rallie au nouveau roi et la pression contre Gênes s'intensifie. La ville de Bonifacio, verrou de la présence génoise, est assiégée en 1420 par une flotte aragonaise de 400 vaisseaux, menée par Alphonse V d'Aragon, entouré de Vincentello d'Istria et d'un grand nombre de seigneurs locaux. Malgré cet échec, Vincentello d'Istria restera maître du pays. Des rivalités de clans mettront un terme à cette hégémonie aragonaise. Rapidement, la puissance des seigneurs locaux et la lourdeur des liens féodaux vont faire naître un mouvement de révolte au sein de communautés paysannes asservies. Un siècle après le mouvement de la Terre de la Commune, les Corses se tournent vers Gênes pour demander protection. Celle-ci viendra de la Banque de Saint-Georges.
(Source : Guides Bleus)
Votre avis ...