L'homme était-il présent en Corse à l'âge ancien de la pierre, au paléolithique ? Les archéologues restent prudents quant aux origines de l'occupation de l'île. Les premières migrations humaines remonteraient aux VIIIème et VIIème millénaires, en provenance de la Sardaigne et de la Toscane, qui est à cette époque un archipel relié à la péninsule italienne, donc plus proche de la Corse qu'aujourd'hui parce que la mer est alors plus basse de 30 m dans la région.
La Corse des premiers temps
Cette théorie s'appuie sur les similitudes entre les motifs décoratifs des céramiques du néolithique ancien (VIème millénaire) retrouvées à Basi, Aléria, Filitosa et ceux de Pienza, en Toscane. On a pu supposer qu'en s'aidant du "pont" de l'archipel toscan, des colonies de peuplement auraient accosté en plaine orientale et, de là, essaimé en direction du nord et du sud, empruntant les grandes vallées fluviales du Prunelli, du Taravo, du Rizzanese... Mais des datations plus hautes ont été découvertes, qui remonteraient au pré-néolithique lui-même. Ce sont notamment les sites archéologiques de l'Araguina, avec le squelette de la "Dame de Bonifacio" (6 570 ans avant J.-C.), de Currachiaghju, près de Levie (6 610 ans) et de Strette, dans la région de Saint-Florent (7 190 ans). Sur ces sites, l'outillage d'éclats de roche sans céramique évoque une activité de ramassage et de cueillette, de chasse aussi, notamment d'un mammifère, le lagomys, sorte de lapin-rat. A partir de 4 000 ans et jusque vers 1 800 avant J.-C. la culture des céréales archaïques se répand dans les plaines et sur les coteaux. Il en reste de nombreuses traces : meules dormantes et cuvettes utilisées pour le broyage des glands. Le Monte Lazzu, par exemple, dans la basse vallée du Liamone, semble avoir été le centre de la meunerie en plein air d'une importante station agricole.
Le phénomène mégalithique
Ce phénomène quasiment inexistant dans les autres îles méditerranéennes est l'une des grandes originalités insulaires. Cette culture s'épanouira à l'âge du bronze, vers 1 500, et jusqu'au début du 1er millénaire. Les Corses de la préhistoire vont ainsi construire des dizaines de tombes à coffre (bancali) et de dolmens (stazzone), notamment dans le sud de l'île, sans doute plus peuplé. Plusieurs centaines de menhirs (stantari, paladini...) seront également dressés, principalement à Pagliaju, dans la commune de Sartène, où on en compte plus de 250 en impressionnants alignements.
Progressivement les blocs de pierre prennent forme humaine, la tête d'individualise, le corps est parfois scultés de glaives et de poignards. L'ensemble s'apparente aux statues-menhirs des Cyclades. Le Sartenais et la vallée du Taravo en contiennent plus d'une quarantaine. Le reste se disperse surtout entre le nord et la Corse occidentale.
La civilisation torréenne
Elle apparaît au début du IIème millénaire et tient son nom des monuments mégalithiques de forme circulaire ou torré voûtés en encorbellement, très caractéristiques de la Corse du Sud à l'âge du bronze, et rappelant les nuraghi de Sardaigne et les talayots des Baléares. On a longtemps attribué ces constructions aux Shardanes, l'un des "Peuples de la Mer" originaires de Méditerranée orientale. Aujourd'hui, les préhistoriens s'attachent davantage à étudier le contexte archéologique dans lequel ces torre s'inscrivaient : type d'habitat, activités artisanales, structures agraires, etc. Dans une perspective plus ancrée dans la "vie quotidienne", l'interprétation se modifie et la piste de l'invasion de l'île est abandonnée au profit d'une évolution purement autochtone qui se serait inscrite au sud d'une ligne Ajaccio-Solenzara.
Les premiers villages
Edifiés sur des buttes ou des éperons rocheux, les castelli ont constitué, au 1er millénaire, les premiers villages. Pendant tout l'âge du bronze et même au-delà, ces agglomérations fortifiées vont assurer la survie des groupes humains : protection militaire, habitat, conservation des récoltes et des vivres, activités artisanales, etc. Puis les formes d'habitat s'organisent plus modestement en cabanes, mais réutilisent parfois les sites défensifs antérieurs. Les castelli continuent à être occupés, mais on commence à trouver la trace de populations qui n'appartiennent plus à l'âge préhistorique. Contrairement aux époques précédentes, les grandes concentrations ne se trouvent plus sur les zones littorales, mais à l'intérieur du pays, où se développent l'agriculture et l'élevage.
(Source : Les Guides Bleux Hachette)
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